La traque aux fraudeurs est d'actualité au plan national. Le
gouvernement en a fait une de ses priorités et sensibilise depuis
plusieurs mois déjà les services de police ainsi que les différents
organismes Urssaf, CPAM, CAF, etc. face à la recrudescence des arnaques
en tous genres.
La Gironde n'est pas épargnée. L'affaire résolue par les enquêteurs de
la Division des affaires économiques et financières de la Direction
interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Bordeaux, en est la
démonstration. Après plus d'une année d'investigations, les limiers de
la PJ ont interpellé un couple soupçonné d'avoir perçu près d'un million
d'euros d'indemnités de chômage sur plusieurs années.
Un « kit » d'escroquerie
La police judiciaire bordelaise a ciblé en particulier le montage de six
dossiers entre 2007 et 2008 auprès de Pôle emploi Aquitaine qui ont
rapporté à eux seuls 368 000 euros au couple ! Une somme rondelette
aussitôt dilapidée en menant un train de vie de millionnaire. « Ils ont
bien vécu », commente, laconique, une source proche du dossier. « Mais
aujourd'hui, ils n'ont plus rien. »
Tous deux sont retraités. Lui, 58 ans, est domicilié à Mérignac. Elle,
64 ans, habite officiellement Parentis-en-Born, dans les Landes. Mais il
semble qu'ils aient longtemps vécu sous le même toit. Notamment pour
peaufiner leurs escroqueries.
Le scénario connaît peu de variantes. À chaque fois, le couple se
présente dans une agence de Pôle emploi avec ce que les policiers
appellent un « kit » d'escroquerie. C'est-à-dire un dossier complet
monté à l'aide de documents falsifiés : faux contrats de travail et le
plus souvent fausse pièce d'identité, fausse facture EDF, fausse
quittance de loyer. Le bagout en prime, le couple prétexte avoir occupé
des emplois à durée déterminé (CDD) afin d'obtenir des indemnités
chômage plus intéressantes.
Parfaitement rodé
Madame, par exemple, présente de faux bulletins de salaire où elle se
qualifie de cadre supérieur dans une société informatique avec un
salaire brut avoisinant 8 000 euros. Lui présente une feuille de salaire
en CDD à 4 000 euros mensuels.
Les agents de Pôle emploi ne se sont pas méfiés de ces chômeurs,
présentant bien et munis des documents demandés. Parfaitement rodé, le
couple a écumé les antennes de Pôle emploi en Gironde mais aussi des
départements voisins pour éviter d'être repéré.
Mais c'était sans compter les agents de contrôle spécialisés dans la
lutte contre la fraude au sein du dispositif d'indemnisation du chômage.
Fin 2009, ils se sont aperçus que plusieurs dossiers flairaient
l'arnaque. Les agents sont d'autant plus sensibilisés à détecter ce
genre d'escroquerie que dans un rapport, déjà ancien, la Cour des
comptes avait estimé « préoccupante la défaillance des contrôles ».
Ce n'est donc plus le cas désormais et il a suffi d'un simple petit détail pour que les escrocs présumés tombent dans la nasse.
Les responsables de Pôle emploi Aquitaine ont donc déposé une plainte
entre les mains du parquet qui a saisi la police judiciaire. Les
enquêteurs ont alors réalisé un travail de fourmi pour confondre le
couple. Ils ont examiné tous les documents et ont trouvé de nombreuses
similitudes dans les six dossiers de demande d'allocations. Mais ils ont
surtout relevé quelques erreurs matérielles qui ont finalement perdu le
couple peut-être trop sûr de lui après tant d'années de pratique.
Des commanditaires ?
Les retraités ont été interpellés, il y a quelques jours, sur commission
rogatoire d'un juge d'instruction. Ils ont été placés en garde à vue
pendant 48 heures dans les locaux de la DIPJ, au commissariat central de
Bordeaux. Ils se seraient montrés peu bavards et auraient, semble-t-il,
tenté de minimiser les faits, indiquant avoir agi avec des complices,
commanditaires de l'opération. Selon leurs déclarations, ils n'auraient
touché que 20 % du pactole et auraient reversé le reste à ce ou ces
fameux inconnus qui auraient disparu avec l'argent.
Une version qui n'a guère convaincu le groupe d'enquête des affaires financières de la PJ.
Présenté au magistrat instructeur, le couple a été mis en examen pour «
obtention frauduleuse d'une allocation d'aide aux travailleurs privés
d'emploi, escroqueries et tentatives d'escroqueries, faux et usage de
faux ». Les deux retraités, déjà connus de la justice, ont été placés
sous contrôle judiciaire.
Dans quelques mois, ils devront s'expliquer devant le tribunal
correctionnel où Pôle emploi ne manquera pas de se constituer partie
civile.
Source : le Progrès