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Faux papiers : alerte au vol d’identité
PRESSE
Descriptif du produit :
Munis de documents volés, des escrocs commettent des délits au nom d’autres personnes. 200 000 Français sont concernés.
Un
jour de septembre 2008, à l’aéroport de Roissy, Charlie Koissi
s’apprête à partir pour la Côte d’Ivoire. Ce devaient être des vacances
de rêve au pays de ses parents. Ce fut le début d’un cauchemar. Au
moment d’embarquer, le jeune technicien de laboratoire à l’Institut
Pasteur est interpellé et placé en garde à vue. Déféré au parquet, il
apprend qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen pour des
délits commis en Allemagne, un pays où il n’a jamais mis les pieds. Et
qu’il risque dix ans de prison ferme. « C’était inimaginable. Tout
s’écroulait », raconte-t-il. Charlie ne s’en sort que grâce à son
employeur, qui atteste de sa présence à l’Institut au moment des
faits.
En 2006, Charlie Koissi a été victime d’un vol de
carte d’identité. Avec ce document, un criminel se fait passer pour
lui jusqu’en Europe de l’Est. À son actif : fraudes dans les transports,
escroqueries et même proxénétisme. À chaque nouveau délit ou crime,
la machine judiciaire se remet en marche, sans tenir compte de ses
propres erreurs passées. Charlie est de nouveau arrêté. à lui de
prouver qu’il n’était pas, tel jour, à tel endroit. « J’ai déjà fait
trois gardes à vue à la place de ce type. Il a bousillé ma vie »,
confie-t-il.
Comme Charlie, 213 000 Français sont victimes
d’une usurpation d’identité, selon le Centre de recherche pour
l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc). Certaines
existences en ressortent très abîmées. Thibault, infographiste à
Rennes, est interdit bancaire depuis qu’un escroc ouvre des comptes et
souscrit des crédits avec sa carte d’identité volée. Christelle,
journaliste à Paris, s’est fait pirater 60 000 euros sur son compte
bancaire. Le quotidien devient un enfer. Peur de relever le courrier
(injonctions d’huissiers, amendes…). Et toujours le soupçon. « Vous
croyez être victime, mais vous êtes suspect », soupire Thibault. La
Banque de France le prend pour un mauvais payeur qui ment pour échapper à
ses dettes, et refuse même de le recevoir. « Sur le plan moral, les
dégâts sont lourds : paranoïa, dépression, tentatives de suicide »,
indique Dalila Bouhezila, qui a créé l’association On a volé mon
identité. Elle-même s’est fait usurper la sienne de manière inattendue
: « Une connaissance d’enfance, qui s’était même mariée sous mon nom
! »
Comment les escrocs opèrent-ils ? « Il existe un marché
des papiers volés, explique Christophe Naudin, criminologue. Votre
carte d’identité peut être revendue entre 300 et 2 000 euros, selon sa
date d’expiration. Votre permis de conduire, jusqu’à 4 000 euros. Ce
document est valable à vie, et votre photo est souvent très vieille, à
peu près n’importe qui peut donc vous ressembler. » D’autant que peu de
personnes examinent à la loupe une photo d’identité. « L’escroc a
copié ma coupe de cheveux et acheté des lunettes avec la même monture,
ça a suffi à convaincre un banquier distrait », raconte Thibault.
Français né en Iran, éditeur et candidat UMP dans les Hauts-de-Seine,
Arash Derambarsh avait modifié la transcription persane de son prénom,
Arach, en Arash. Depuis octobre, des lignes de téléphonie mobile ont
été ouvertes par un certain Arach. « Quelqu’un utilise mon vieux permis
de conduire, volé en 1999 » , conclut-il. Les usurpateurs se font même
parfois délivrer de « vrais » papiers au nom de leur victime. Outre le
vol de courrier dans les centres de tri ou les boîtes aux lettres,
« l’escroc fouille vos poubelles à la recherche de documents comme
des factures, ou des relevés bancaires, explique Christophe Naudin.
Avec ça, il se fait délivrer une carte d’identité à votre nom, mais
avec sa photo ».
Lire l'article intégral dans VSD n°1788 (du 1er au 7 décembre 2011)
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