Il ne faut pas toujours se fier à la mine avenante des
secrétaires de mairies. Sous un abord accueillant, ils possèdent des
compétences méconnues comme celle de détecter les documents louches.
C’est grâce à la perspicacité d’un agent de mairie de Montluçon (Allier)
que la PAF (police aux frontières) a pu démanteler un réseau
international de fraudeurs.
L’affaire commence le 7 octobre 2010.
Les policiers du commissariat de Montluçon sont alertés par la mairie.
Un homme a présenté un extrait d’acte de naissance de la commune
d’Aubervilliers qui paraît suspect. Depuis quelques années, les
fonctionnaires des mairies, préfectures, organismes sociaux sont formés
par les équipes de la PAF pour repérer les faux documents. Ce 7 octobre,
l’homme qui espère se procurer une carte nationale d’identité est
arrêté et l’affaire transmise à la PAF, spécialiste de ce type de
fraude. Les équipes lyonnaises autour du commissaire divisionnaire
William Marion, directeur de la zone Sud-Est, travaillent en
collaboration avec les enquêteurs parisiens de l’office central de
répression de l’immigration clandestine. Ils remontent la filière et
tombent sur un réseau international. Un an après, le 18 octobre, seize
personnes sont arrêtées, une en gare de Lyon Part-Dieu, une autre à
Marseille et le reste dans la région parisienne. La filière très bien
organisée proposait un service tout compris : elle faisait rentrer
illégalement des ressortissants du Maghreb sur le territoire français
via la Grèce puis leur fournissait un kit complet pour se faire
fabriquer des faux papiers. Dans ce kit, le petit nécessaire pour le
candidat à la nationalité française : fausses factures, justificatifs de
domicile, actes de naissance, certificats médicaux... La tête du réseau
est logée dans la région parisienne mais c’est en Grèce que des
« sous-traitants » procurent aux étrangers en transit, des passeports
volés leur permettant de gagner la France. Au total, selon les
policiers, 300 personnes auraient bénéficié des services de la filière.
Le dossier n’est pas clos car le réseau grec aurait essaimé en
République Tchèque. Bien loin de la mairie de Montluçon.
Annie Demontfaucon